01/04/2007

01/04/07 - 13:50

"Femme, femme, femme, fais-nous du soleil..."





Le week-end a commencé avec "Johnny Guitar", flamboyant western de Nicholas Ray. Un film incroyable, encensé par la Nouvelle Vague qui y voyait là une tragédie grecque baroque, poétique, à la Cocteau, et contre la chasse aux sorcières de l'époque.

Oui, c'est vrai, il y a de tout ça. Mais quand même, à la relecture, on se rend compte que c'est surtout une belle métaphore sur l'homophobie.



Comme me le faisait remarquer San Antonio du Haut Plateau (au fait, à quand un western poitevin ?), tous les rôles des femmes sont tenus par des hommes et vice-versa.

Déjà rien que Joan Crawford ! C'est Joan Collins avant l'heure. Elle tient le rôle de Vienna, tenancière d'un saloon / maison de jeux, tout en pantalons, la main toujours posée sur son flingue. De temps en temps, elle porte une robe en mousseline blanche pour jouer un peu de Chopin au piano. C'est son instant drag. Mais vite, vite, elle remet ses jeans et se sent beaucoup mieux.
Son ancien amour s'appelle Johnny Guitar, il joue de la guitare comme son nom l'indique, et n'a pas de flingue. Oh oh. Et quand des mauvais garçons débarquent dans le saloon, il reste impassible, tenant une tasse à café hyper Mémère, genre "pfiuu on peut plus boire son café tranquillement.."

Ses rivaux s'appellent "Dancin' Kid" et "Turkey" qui se la joue avant l'heure James Dean pré-ado. Tous ces hommes en mal de virilité sont obnubilés par Vienna ou par Emma, harpie haineuse et secrètement amoureuse de Vienna. Cette vieille garce veut chasser Vienna et les clients de son "saloon" (qui n'est autre qu'un cabaret quand on y réfléchit) et va jusqu'à lyncher l'éphèbe Turkey. Outre ces puissantes métaphores, il y a un ton résolument "camp" dans les dialogues.


Emma: You're nothing but a railroad tramp.

Emma: I'm going to kill you.
Vienna: I know. If I don't kill you first.

Vienna : Such a big talk for a little gun.


Et puis cette fameuse scène de retrouvailles entre Johnny et Vienna

Johnny: How many men have you forgotten?
Vienna: As many women as you've remembered.
Johnny: Don't go away.
Vienna: I haven't moved.
Johnny: Tell me something nice.
Vienna: Sure, what do you want to hear?
Johnny: Lie to me. Tell me all these years you've waited. Tell me.
Vienna: All those years I've waited.
Johnny: Tell me you'd a-died if I hadn't come back.
Vienna: I woulda died if you hadn't come back.
Johnny: Tell me you still love me like I love you.
Vienna: I still love you like you love me.
Johnny: Thanks. Thanks a lot.

Fait incroyable, ce matin j'ai revu "Femmes au bord de la crise de nerfs" où Carmen Saura joue une comédienne de doublage quittée par son amant pour une autre. Au tout début du film, elle double en espagnol cette même scène de Johnny Guitar. Elle est en larmes évidemment.

Une heure plus tard, après avoir affronté un gazpacho bourré aux somnifères, un lit en feu, la tentative de suicide d'une copine mannequin, un Antonio Banderas habillé et coiffé comme Rick Astley, des coups de fil manqués, elle se retrouve face à face avec l'épouse légitime de son amant. Et celle-là est pas contente contente.



Il faut dire qu'elle sort de 20 ans d'HP...

Marrant mais cette scène me fait énormément penser à Nelly Benedetti dans "La Peau Douce" mariée à Jean Desailly, qui la trompe avec Françoise Dorléac. Ça l'agace forcément.



Sinon, j'ai vu "La Vie Des Autres".
J'ai un peu roupillé. C'est pas mal, sans plus.

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