28/01/2006

28/01/06 - 19:23

Je Dois M'En Aller



Cet après-midi, las de faire un énième carton ou de reboucher des trous après décrochage de tableaux, je suis sorti faire une course dans mon quartier. Je suis allé à la graineterie rue des abbesses, pratiquement au coin de la rue Lepic, pour acheter mon Earl Grey du matin. Quand le patron, un sexagénaire au regard triste, m'a rendu la monnaie, j'ai vu dans son regard que c'était sans doute la dernière fois que je le voyais. J'ai eu envie de verser une petite larme.
C'est à ce moment précis que j'ai réalisé que j'allais quitter Montmartre pour, à mon avis, un bon bout de temps. C'est un quartier dans lequel je vis par intermittences depuis 1978, date à laquelle mon père a emménagé rue Lepic. Là, je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans etc etc...
Mon frère a ensuite habité rue des abbesses et je venais souvent lui rendre visite. J'ai repris son appart, j'ai vécu également rue Tholozé et là, depuis cinq ans, rue Dancourt.

En 27 ans, le quartier a beaucoup changé. Et pas seulement depuis "Amélie Poulain". Je veux pas faire vieux con, mais j'ai la nostalgie du quartier quand il n'y avait pas encore ce p*%#@§ de théâtre des abbesses qui a participé à la boboïsation de Montmartre. Dans les années 80-95, y avait des vieux, quelques junkies élégants et bon nombre de joyeux poivrots qui hantaient les bars...
Depuis, le bar jaune a fermé, le Saint Jean vend le muscadet à 4,50 le verre, le Vrai Paris est devenu un sous Costes de merde, le Nazir a viré son jukebox mythique, le Colibri de la rue Véron est devenu (c'est tout récent) un "bistrot - produits du terroir". Le Jack a lui aussi clos ses portes (pauvre Etienne) et la rue d'Orsel est désormais envahie de galeries, de boutiques design et d'huiles essentielles. Au secours.
A part son architecture et encore quelques rades sympathiques, le quartier a perdu tout de sa saveur. Il est devenu branchouille imbécile, en passe définitive de se ruedesmartyriser.

Il était temps que je bouge. Je ne croiserai plus ces hordes de touristes cheap ("Ouh èye le sacwé queue s'il voo play ?", "Dans ton cul !"), ces bobos ternes trainant la poussette de leurs bébés hyper lookés.
Mais je ne verrais plus les fantômes de ma jeunesse, les souvenirs de ma famille, de fêtes ahurissantes rue des abbesses, de soirées télé avec les copains du quartier (la Gaëlle, la crevette, le Sorty, le Pellerin et son OuF...), sans oublier quelques amants (ah le vendeur de chaussures de la rue Burq...).

Ça fait toujours drôle de tourner une page et de se dire que c'est fini. Mais un nouveau chapitre s'ouvre déjà, à Ménilmontant. Time to move on.

Supergrass "Moving"

commentaires

28/01/06 - 19:41

68 c'etait hier pour moi aussi et
Puis y'a eu la rue Le-pic
on bouffait du riz can-to- nais
et puis soudain ils ont charge les flics.

Et toi Jeannette tu es tombee-Jeannette
Jeannette-ils ne t'ont pas tuee non
Mais Paris n'est pas -Santiago du Chili
Vous n'arriverez pas -a baillonner- la liberte du peuple

Je me souviens je me souviens
La rue Le-pic
-Jeannette
Au revoir Jeannette-on bouffait du riz canto-nais
et puis soudain ils ont char-ge!

28/01/06 - 19:46

D'une butte a l'autre.

28/01/06 - 19:48

fred, tu ne crois pas si bien dire. Il y a un très bon restaurant chinois rue lepic !
Martin : c'est vrai, j'avais pas fait gaffe ! Coincidence ??

28/01/06 - 19:54

:-)

28/01/06 - 19:57

Mais ce n'est pas moi qui ai raison c'est l'inoubliable Jean Meyrand ! La rue Lepic est son grand tube tout de même !

28/01/06 - 19:58

Touchant.

29/01/06 - 13:24

This is the end of an era......

29/01/06 - 14:04

Oui, d'ailleurs je suis très Monica sur ce déménagement : je numérote les cartons et je note sur un cahier le contenu de chaque carton numéroté. Comme dirait San Antonio "c'est limite Ruth Fischer".

29/01/06 - 20:33

t'as assez de monde pour t'aider à demenager????

29/01/06 - 22:50

vi ! Trois gars, trois pros en fait.

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